Playground 

 

2017-2019.

Commande publique pour le réaménagement de la cour de récréation de l’école communale « Les Rives du Hain », Braine-le-Château.

Le projet Playground a démarré à l’automne 2017, lorsque j’ai été abordé par la direction de l’école communale « Les Rives du Hain » à la fin de mes études de Master à l’ENSAV La Cambre. Il a bénéficié d’une aide à la création de la fédération Wallonie-Bruxelles et de la région Wallone, d’un don matériel de la firme Rust-Oleum et d’une aide technique du service communal de Braine-le-Château.

L’œuvre qui se déploie sur l’ensemble des 1000m2 de la cour a été conçue et pensée sur base de nombreux ateliers avec les élèves de la classe de 5e (9 à 10 ans) durant l’année scolaire 2017-2018. Les travaux ont été réalisés durant les vacances scolaires 2018-2019, l’inauguration a eu lieu en septembre 2019.

Carte de la cour par Noé, 2017.

Carte de la cour par Zia, 2017.

La cour de l’école est caractérisée au départ par une minéralité et une uniformité pour la quasi totalité de ses 1000 m2, enserrée d’une part
entre des bâtiments en briques séparés par une échappée visuelle vers la vallée et le terrain de sport communal, et de l’autre par une clôture de type industriel bordant la rue de la libération, en réalité une chaussée à fort trafic, du fait de la proximité de l’autoroute (A7/E19, échangeur de Wauthier-Braine). Un préau, une « fresque », certes, mais aucun dispositif pour les parents et surtout peu de traces d’appropriation par les enfants.

Les ateliers menés avec les élèves m’ont permis d’appréhender le territoire selon leurs points de vue. A travers la réalisation de cartes, l’écriture de récits, l’invention de périmètres, les enfants m’ont révélé leurs interactions avec l’espace, me permettant d’envisager une restructuration de la cour en tenant compte de sa réalité spatiale, mais aussi d’une réalité sociologique invisible au premier regard.

Jeunes filles jouant sur un élément de la peinture au sol.

Le projet comporte trois modalités d’intervention : des aménagements végétaux, des modules de jeu et des peintures au sol, le tout dans le respect des contraintes de sécurité et de durabilité.

Les aménagements végétaux correspondent non seulement à la plantation d’une vigne et d’arbres fruitiers issus du patrimoine du Brabant wallon, mais aussi à la refonte complète de l’espace devant l’entrée des classes, avec un périmètre engazonné, un pas japonais traversant et un charme planté en son centre, une haie en saule tressé, une bande latérale réservée aux fleurs des champs, un « hôtel à insectes » et un bac-potager.

Espace jardin et peinture des rands de classes au sol.

Les modules de jeu consistent en deux petites constructions en maçonnerie, l’une près de l’entrée de la cour, l’autre au centre. La première se compose de trois murets formant une sorte de sas ouvert utile lors des arrivées et départs, avec un mur d’information pour les parents, un mur à dessin à la craie pour les enfants et une assise pour le repos ou l’attente. La seconde est dévolue au dessin et à la parole.

Ces petits dispositifs architectoniques, agrémentés de percements pour vues, sont variés dans leurs hauteurs et dans leurs aspects. Propices aux cachettes, ils offrent une séparation visuelle moins linéaire avec la route. Des sections d’un tronc d’arbre abattu pour le nouvel aménagement sont réutilisées comme assises.

Premier module jeu près de l’entrée dans la cour, légende des dessins d’enfants.

Fondation en béton coulé et armé. Maçonnerie armée en blocs de béton creux jointoyés, Stepoc et linteaux. Enduit cimenté et cornières d’angles.
Légende réalisée avec un pochoir découpé au scan-cut.

Deuxième module de jeu, légende des terrains de football.

Peinture Tarmacoat, Rust-Oleum.

Les peintures au sol forment la part la plus complexe mais aussi la plus ludique de l’intervention. L’asphalte de la cour a été vu comme une sorte de vaste tableau noir où projeter des images issues des imaginaires
en présence. Les trois parties du déploiement pictural sont résumées à échelle réduite sur les faces extérieures des modules de jeu.

La première représente cinq périmètres de terrains de football dans une gamme de bleus dont les intensités chromatiques varient selon l’importance des équipes, ponctués de signes explicites (eux achromatiques) indiquant les goals ou les milieux de terrains.

Dans une gamme de jaunes, la deuxième procède de dessins A4 réalisés lors d’un atelier, agrandis de manière à signaler de manière allusive certaines activités ou interactions. Cette fois, les tracés sont aussi agrandis à l’échelle de la cour, en interférence avec les modules de jeu, une manière d’amener à voir la chose et son image, avec les intitulés :

« Parler des choses » de Tifany, « Le Chemin » de Emmy, « Le Dessin » de Lucas. V et « La Mini-Place » de Zia.

La troisième, partie picturale en vert consiste en un jeu de diagonales parallèles propices à organiser les entrées en classe.

Détail de la peinture au sol des terrains de football.

Peinture au sol Tarmacoat, Rust-Oleum.

Dans « imaginaire », il y a « image » et « imaginer », mais on y trouve aussi « air », « agir », etc. L’œuvre d’Edouard Pagant et des élèves de cinquième comporte une dose de ça, faite de choses simples, directes, lisibles, qui se prêtent à des appréhensions physiques et mentales comme à des lectures multiples en enchevêtrées, activées par la situation réelle et par les enjeux pédagogiques.

 

L’autre versant du projet vient des échanges avec les élèves et de leurs dessins peuplés d’images aussi concrètes que personnelles, qui sont ensuite entrés en résonance avec la magie du projet qui consiste à passer de l’idée visuelle à sa réalisation matérielle, transmutation éminemment intéressante pour l’ensemble de la communauté scolaire. Il en résulte une situation nouvelle, qui respecte intégralement la situation de départ tout en y incrustant les signes d’une intense activité pédagogique susceptible d’évoluer avec la vie de l’école et de la nature.

Raymond Balau

Vue d'ensemble des terrains de football et du Dessin de Luca.V.

Peinture au sol Tarmacoat, Rust-Oleum.

Vidéo de présentation de la cour de récréation par les élèves de 5e avant les travaux de réaménagement.

© Edouard Pagant. 2019. Tous droits réservés.

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